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Lutte biotechnique

La gestion intégrée du varroa par l’utilisation de mesures biotechniques en saison


L’objectif de cette fiche technique est de déterminer comment créer et profiter d’arrêts de ponte propices à un traitement contre varroa en saison à base d’acide oxalique (AO) sur son exploitation. Depuis plusieurs années, l’AO a démontré son efficacité en action flash lors d’absence de couvain. Par ailleurs, il s’agit d’un traitement peu onéreux pour l’apiculteur et conciliable avec de nombreux itinéraires techniques.


Dans cette fiche nous parlerons d’AO en tant que substance active et non sous ses formes de préparation médicamenteuse.


Petit rappel  sur la biologie de l’abeille

 

Le varroa pénètre à l’intérieur de la cellule entre le stade L4 et L5 des cellules d’ouvrière avant operculation (certains auteurs mentionnent que le varroa peut se cacher dans la gelée nourricière dès le stade L3 voire L2).


 


Les différentes mesures biotechniques utilisées dans la lutte contre varroa


En traitement d’été :

  • L’encagement estival des reines
De 2012 à 2015, les synthèses d’un groupe d’apiculteur travaillant sur cette technique (groupe blocage de ponte) font état d’une mortalité d’environ 3% des reines encagées (pendant et après traitement). Cependant, en 2016 ces chiffres ont atteint entre 10 et 20% sans explications probantes.
  • Retrait total du couvain (pour destruction ou élevage)
  • Remérage avec introduction de cellules


L’objectif de ces méthodes est d’obtenir un intervalle de temps suffisamment long sans couvain operculé et sans larves au-delà du stade L3 pour permettre un double passage d’AO à 3-5 jours d’intervalle.

Il a été démontré qu’un passage d’AO hors couvain était efficace entre 80% et 90% (groupe blocage de ponte et ADAPI, 2015). De fait, en infestation « normale » d’été, un double passage d’AO est nécessaire si l’on veut tendre vers le seuil recommandé des 50 varroas résiduels en entrée d’hiver.

Nb : il est déconseillé d’utiliser plus d’un dégouttement par génération d’abeille (il causerait une mortalité prématurée des abeilles). Par ailleurs, la sublimation semble avoir une efficacité aléatoire en été due à une sur-ventilation de la colonie.


En saison :

  • Piégeage du couvain de mâle (attractivité pour le varroa jusqu’à 12 fois plus importante que le couvain d’ouvrière). Pour que ce dernier soit efficace, il faut pouvoir réaliser l’opération au moins 3 fois au cours de la saison d’élevage. Cette technique permet de limiter l’infestation en cours de saison (-25% selon les expérimentations menées par l’ADA Alsace en 2010) mais ne remplace en aucun cas un traitement de fin de saison. Par ailleurs, elle va être fortement dépendante des conditions environnementales (bâtissage du cadre  piège selon la miellée et élevage des mâles selon les conditions météorologiques).
  • ATTENTION : retirer à temps les cadres sous peine de produire l’effet inverse.

Calendrier illustrant les possibilités de passage d’AO en saison en fonction de l’opération réalisée




Modalité de pratique

Présence couvain de mâle

Absence couvain de mâle


Période propice à double passage d'AO

Fenêtre pour passage d'AO
(en jours)

Période propice à double passage d'AO

Fenêtre pour passage d'AO
(en jours)

Encagement (J0)

encagement
21 jours

J24 à J27

3 (trop court pour
2 passages d'AO)

J21 à J27

6

encagement
24 jours

J24 à J30

6

J21 à J30

9

Retrait de couvain (J0)

retrait total

J0 à J6

6

J0 à J6

6

Remérage/    création d'essaim (date greffage = J0)

Orphelinage 1j, intro cellule J3

J26 à J28

2 (trop court pour
2 passages d'AO)

J23 à J28

5

Orphelinage 7j, intro cellule J3

J20 à J28

8

J17 à J28

11

Orphelinage 7j, intro cellule J10

J27 à J28

1 (trop court pour
2 passages d'AO)

J24 à J28

4

Les pratiques en orange indiquent qu’il n’est pas possible d’avoir recours à un double passage d’acide oxalique de manière efficace.



Quelle stratégie choisir ?

 

En fonction de la miellée

Nous nous intéresserons dans ce cas à la dernière miellée avant traitement estival.

Si cette miellée est de type « bloquante » (forte diminution du couvain ; exemple typique de la lavande), il sera intéressant de procéder à un retrait de couvain. En effet, le nombre de cadre à prélever sera minime et cela aura peu d’impact sur la colonie.

En revanche, dans le cas d’une miellée « favorisante » (exemple de la miellée de montagne), il sera plus judicieux de procéder à de l’encagement. Par ailleurs, cette méthode de lutte pourra être couplée à un changement de reine puisqu’elle nécessite la recherche de cette dernière.

Les méthodes du retrait de couvain et de l’encagement devront être utilisées suffisamment tôt en saison pour que 3 cycles d’abeilles soient nés avant l’hivernage (2 cycles d’abeilles d’hiver et 1 cycle pour les faire naître et stocker les dernières réserves). Utilisées trop tôt en saison, ces méthodes compromettraient les récoltes de miel et favoriseraient un redéveloppement/ré infestation du varroa dans les colonies en fin de saison.


En fonction de son système d’élevage

Pour l’apiculteur souhaitant travailler sur ses ruches de production en reine fécondée, l’encagement permettra de lier recherche de la reine et traitement varroa.

En revanche, si l’apiculteur remère ses colonies à l’aide de cellules, il pourra avantageusement lier cela à un traitement varroa à partir du tableau ci-dessus. Ces méthodes peuvent par ailleurs s’utiliser pour le traitement des nucléus (il faudra toutefois veiller à suffisamment les peupler pour compenser le temps d’attente nécessaire au passage de l’AO). De plus, le deuxième passage d’AO sera associé à la vérification de la ponte et de la qualité du couvain, au marquage de la reine (selon les pratiques) à et un nourrissement si nécessaire.

 


Exemples de pratiques efficaces ou peu avantageuses lorsqu’elles sont combinées


En conclusion


L’apiculture dite moderne telle qu’elle est pratiquée de nos jours nécessite un haut niveau de technicité et une vision systémique et globale de son exploitation. L’un des enjeux majeurs pour l’apiculteur dans sa recherche de performance réside dans le fait d’associer la lutte contre varroa à son système d’élevage et ses itinéraires de transhumance.



 

Bibliographie 

 

  • F. Panella, Y. Goïc et al. 2016.  Rencontre Apicole Franco-Italienne le 24 février 2016, échanges sur les méthodes populationnelles de lutte contre varroa. 6p.
  • A. Petitjean, Y. Goïc, C. Riffart. 2017. Synthèse de la réunion Groupe « blocage de ponte », Lyon, le 4 novembre 2016. 17p.